Il refuse de venir. Que faire ?
C'est la situation la plus fréquente, et la plus épuisante. Voici ce que l'expérience clinique enseigne — et ce qui, au contraire, referme la porte.
Commencez par appeler pour vous
Vous n'avez pas besoin de son accord pour demander conseil. Un premier appel sert à décrire la situation, mesurer le degré d'urgence et préparer la suite. Beaucoup de familles appellent des semaines avant que le patient n'accepte quoi que ce soit : ce temps n'est pas perdu, il évite les faux pas.
Choisir le moment
- Jamais pendant l'intoxication : rien de ce qui se dit ne sera retenu.
- Jamais pendant le manque non plus : l'irritabilité rend toute discussion explosive.
- Le meilleur moment est souvent le lendemain d'un épisode difficile, quand le regret est encore là — la fenêtre est courte.
Ce qui aide
- Parler de faits, pas de jugements : « tu n'es pas rentré jeudi » plutôt que « tu es irresponsable ».
- Dire l'effet sur vous, pas sur lui : « j'ai peur », « je ne dors plus ».
- Proposer une seule chose, petite et concrète : un rendez-vous, pas une cure.
- Laisser une porte ouverte à chaque fois : « quand tu voudras, c'est possible ».
- Se faire accompagner : un frère, un ami, le médecin de famille pèsent souvent plus que le conjoint.
Ce qui aggrave
- L'ultimatum que vous ne tiendrez pas : il vous décrédibilise pour la fois suivante.
- Fouiller, jeter les bouteilles, compter les comprimés : cela déplace le conflit sur la surveillance et masque la maladie.
- Payer les dettes sans condition, mentir à l'employeur, couvrir les absences : chaque conséquence évitée retarde la décision.
- Discuter devant les enfants.
Quand l'urgence prime sur le consentement
Certains signes ne se négocient pas. Appelez immédiatement :
- Convulsions, confusion, hallucinations, fièvre pendant un arrêt.
- Idées de mort exprimées, scénario précis, ou tentative évitée de peu.
- Refus total de boire et de manger depuis plus de 24 heures.
- Mise en danger d'autrui, notamment au volant.
L'hospitalisation se fait en principe avec le consentement du patient. Lorsque son état ne le permet pas, la loi tunisienne encadre l'admission à la demande d'un proche : la procédure vous est expliquée au téléphone, et elle n'est jamais engagée à la légère.
Et si rien ne bouge ?
Faites-vous suivre vous-même. L'entourage d'une personne dépendante développe fréquemment anxiété, insomnie et épuisement. Nous recevons aussi les familles seules, et c'est souvent par elles que le soin finit par commencer.